Vaud et la Drone Valley [2/3]

V

A partir de ce point vous entrez…

Une Vallée des drones ? Au Gondor, à l’ouest du Mordor ? Au sud du Mur ? En contrebas de Poudlard ?
Non, beaucoup plus près, entre Lausanne et Zürich !
Depuis l’avènement de la Silicon Valley, chaque pays s’essaie à la recette…

(Sources : Les Echos , Le Réseau, Agefi et RTS)

Le nôtre compte actuellement 80 entreprises et environ 2’500 emplois dans ce “secteur en pleine expansion”.
Source : RTS

Mais c’est pas un oiseau, ça !

Concernant l’objet, les images qui nous viennent en premier lieu sont plutôt celles de gadgets coûteux (pour le commun des mortels) et d’attroupements d’initiés autour de courses de vitesses et d’adresse sur Youtube (Il existe d’ailleurs depuis peu un World Grand Prix Drone); ou un ballet aérien de quelques 1’000 engins parfaitement alignés pour dessiner les anneaux olympiques (cérémonie d’ouverture, PyeongChang, 2018):


Ah oui, mais on parle bien de l’industrie du divertissement, non ?
Et il faut bien les produire ces araignées volantes ! Les doter de la technologie nécessaire pour les guider et les positionner aussi (et des apps pour smartphone de plus…). L’industrie 4.0 on y est !
Et tout cela est devenu possible notamment grâce à la miniaturisation des composants et à l’accès au positionnement civil (GPS) de précision. Assez en tout cas pour des applications B2B et B2C performantes.

Cet intervalle d’atmosphère investi ouvre un vaste champ inexploré.

Un loisir qui permet de voir là haut si j’y suis ?
Ou parce que c’est un nouveau point de vue pour le cinéma, beaucoup plus discret et qui se fond presque dans le paysage, nécessitant beaucoup moins de logistique ?
Pour créer des événements sons et lumières (Verity Studios, spin-off de l’EPFZ, Zürich – veritystudios.com) où c’est le drone lui-même qui crée le spectacle ?

La page est blanche et donc un simple hobby se transforme vite en entreprise florissante. A tel point qu’actuellement, il est question d’établir une gestion du trafic des quelques 100’000 drones en activité dans le ciel helvétique, par Skyguide (qui gère déjà l’aviation civile) et AirMap (plateforme de gestion aérienne des vols de drones), le “Swiss U-Space”. Les tests grandeur nature du système, pionnier en Europe, ont été concluants (Source : RTS).

La Terre vue du ciel …

ce n’est pas seulement contemplatif ou horrifiant, c’est aussi « instructif » : les récoltes de données de toutes sortes pour alimenter des bases de données numériques de systèmes d’information géo-référencés/géographiques (SIG) sont précieux en termes d’aide à la décision (cadastre, carte de zones inondables, cartes des dangers, etc. – le créneau de Pix4D, Innovation Park, EPFL, Lausanne – pix4d.com). Mais aussi en termes d’analyse et de traitement toujours plus poussé de données, réalisant un cercle « vertueux » amenant à augmenter les connaissances scientifiques et/ou à d’autres innovations . Les drones fonctionnent également comme outil complémentaire de capteurs au sol dans l’agriculture, pour une gestion efficiente des ressources en écologie appliquée et développement durable, par exemple. Depuis peu les petits faons disent merci, maintenant qu’ils peuvent être sauvés en étant repérés facilement par un de ces engins des airs avant le fauchage…

Exactement le propos de Sensefly (start-up issue de l’EPFL, Cheseaux-sur-Lausanne, sensefly.com), qui a produit un drone adapté pour le recensement de la faune d’un parc animalier en Namibie. Peu de logistique, bon marché et pourtant doté d’un logiciel d’analyse « semi-automatique » tirant parti de l’intelligence artificielle.

Source : Tribune de Genève, RTS

Tel un inventaire à la Prévert, les applications sont innombrables : on pourrait citer encore le transport de colis testé par la Poste suisse (Source : post.ch) et l’inspection, puisque c’est la spécialité de Flyability située dans cette fameuse Drone Valley (spin-off de l’EPFL, Lausanne, flyability.com).

« Elle se plaît … à s’élancer, … elle offre même … des visions de Colorado … ! » (Poème La Venoge, Jean Villard-Gilles)

Le schéma dessiné, comme dans l’arc jurassien (cf. L’industrie 4.0 : une aubaine pour la Suisse [1/3] – Neuchâtel et l’Arc Jurassien), regroupe des start-ups près des centres de formation, avec un passage à la production presque immédiat. Ce qui s’illustre par l’emplacement des entreprises près de Lausanne et Zürich, là où se situent les EPF. Ce sont les modèles considérés gagnants en ces contrées dans le nouveau paysage économique mondial, tant que les plus-values créatives sont à la hauteur.

Cette méthode de développement nécessite du capital-risque en abondance et certains, jusqu’à il y peu, ont déploré la prudence excessive des acteurs du lieu. Mais dans ce cas, les choses semblent avoir changé:

« Beaucoup d’entreprises lèvent en ce moment des sommes importantes, ce qui confirme non seulement les succès dans la recherche et dans le lancement d’entreprises, mais aussi que le capital à risque a identifié la région comme prometteuse dans le domaine de la microtechnique et du drone », indique Jean-Thomas Célette, chef stratégie pour l’entreprise Sensefly. (Source : RTS)

Signalons que Sensefly est depuis 2012 une filiale de Parrot (parrot.com).
S’il était encore possible, de nos jours, de monter dans le train en marche et de faire mieux…

Culture Pub…

And one more time, pas besoin d’expliquer à ces entreprises-là, à l’affût en temps réel de tout ce qui se passe dans leur domaine à travers le monde, l’importance d’un marketing bien frappé, du type 4.0 : gagner des concours aux quatre coins du monde, se mesurer aux meilleurs, être les plus fun, les plus rapides, plus agiles, les plus inventifs !

Bref exister, attirer l’attention ou fermer boutique...

Pendant que d’anciens sites industriels deviennent des éco-quartiers (les terrains des ACMV, les Ateliers de construction mécanique de Vevey, dont il ne subsiste que le secteur fabrication ferroviaire à Villeneuve), la région poursuit donc sa reconversion. Avec les Drone et Health Valley – appelés à devenir des écosystèmes – (Source : Le Temps), la voilà lancée vers de nouveaux horizons profitables.